100 enfants face aux 29 soldats peyrolais de la grande guerre.

monument_2La commémoration du centenaire de l’armistice de la guerre 14-18 a commencé dans notre village dès 2014 par une remarquable exposition à la mairie, des animations avec les scolaires et clôturée par un repas convivial comme il se doit. Une façon d’évoquer cette période tragique qui avait modifié la vie de chaque famille et de notre commune.
Dans le cadre de «Regards sur…» L’association «Culture et Patrimoine» a permis de rappeler les événements importants Grâce aux témoignages des familles peyrolaises. Car pas moins de cent cinquante jeunes peyrolais partirent à la guerre. Certains tués au combat, d’autres sont revenus avec une santé très altérée. Les mauvaises conditions matérielles, les hivers froids, les gaz ennemis eurent raison de leur vitalité. Certains moururent à l’hôpital, d’autres luttèrent chez eux pendant parfois plusieurs années. De nombreuses familles en France n’eurent pas la consolation de voir le nom de leur fils, leur mari, leur père inscrit sur le monument aux morts .Mais ils étaient bien tous « Mort pour la France ».
monument_4De précieux souvenirs qui dormaient au fond d’un tiroir reprirent de l’importance : on déplia les lettres si bien calligraphiées malgré les conditions précaires dans lesquelles elles furent rédigées, peu de fautes d’orthographe même si la scolarité s’arrêtait alors à douze ans .On note combien les travaux de la ferme les préoccupaient ,remerciant pour les paquets envoyés et assuraient que tout allait bien pour eux. Les objets familiers leur appartenant furent regardés avec tendresse comme ce modeste briquet, avec fierté comme la médaille militaire, la croix du combattant, la croix de guerre avec palme pour faire oublier une trépanation, une amputation…le fusil aussi, on ne peut tout citer.
L’association va établir un livret pour chacun des soldats en faisant des recherches sur internet, fréquentant les archives départementales, municipales complétant ainsi les informations fournies par les familles. Un travail colossal! De même, les scolaires «adoptant» un soldat vont rédiger des livrets, inventer une correspondance inspirée par les lettres authentiques. Et pour rendre leurs écrits plus plausibles ils «vieillissent» le papier. Un travail de mémoire fabuleux qui mériterait d’être conservé une fois l’exposition démontée.
monument_1Pendant ces quatre ans, une prise de conscience collective a animé enfants et adultes. Et c’est sur un brillant feu d’artifice que seront les quatre derniers jours d’animation et que se terminera le 18 novembre2018 ce vibrant hommage à la jeunesse peyrolaise trop tôt disparue.
Dès le 8 novembre, la cinquième rencontre de « Regards sur…» ouvre les festivités avec un diaporama relatant les événements de janvier à juillet 2018.
Le vendredi 9 une remarquable exposition fut présentée en priorité aux scolaires dans la vaste salle du stade. Car il fallait de la place ! Les vingt-neuf soldats peyrolais les y attendaient. Ce fut un moment émouvant de voir leur silhouette bleue horizon, grandeur nature, le casque cachant à demi le visage, se dresser en formation triangulaire au milieu des panneaux, tables et objets exposés. Chacune étant identifiée par une carte-matricule sur sa poitrine mentionnant le nom, le régiment, les dates de naissance et de décès. Les enfants prirent la mesure de leur jeunesse : » Mais ils avaient presque tous vingt ans!» Ils se sont passionnés, ont posé des questions. Cette guerre leur devenait vraiment tangible. Ils n’oublieront pas ce face à face avec les poilus peyrolais. Bonne idée de les avoir fait connaître un par un à toute la population d’aujourd’hui. Les larmes sont venues naturellement aux yeux même des plus aguerris.
monument_6Cette exposition fut ensuite ouverte au public les samedi 10 et dimanche 11 novembre. On pouvait consulter le tableau et les fameuses fiches sur chaque soldat. Les panneaux de l’agglo présentaient la chronologie de la guerre, son évolution l’importance des différents moyens de communication : voiture, car, avions, poste etc…Ceux de l’association furent réalisés à partir des nombreux « Regards sur… » témoignant de la richesse des conférences et des minutieuses recherches. Les vitrines étaient riches de collections : timbres, lettres citations, médailles obtenues pour des blessures, des amputations…
Coté art : des tableaux réalisés pour la commémoration par Régine Deloule, Simone Duffes ,avec la participation d’Éliane Ortis et Danielle Arnaud .une nouvelle rencontre le vendredi soir avait permis d’évoquer la fin de la guerre.
monument_5Le samedi 10 à 15h, un public nombreux assistait à l’église à une audition musicale . La chorale « De si, de la » a fait entendre entre autre « le temps du muguet, Nous les enfants de la guerre, Dans les tranchées de Lagny, Ballade de Somerset Intermède au piano avec Liza Jouve qui interpréta le 1er mouvement opus 14 de Beethoven, Prélude de Debussy et créa une intense émotion en jouant la quatrième barcarolle de G.fauré, tandis que la voix de Cathy Barnouin faisait entendre «la boue» de Maurice Genevois Puis la Chorale «Amis Voix » donna d’autres chants comme « le soldat, quand on a que l’amour, Imagine, Halleluyah, La paix sur terre, Douce nuit, douce nuit, Minuit chrétiens ». Chants d’espoir et de paix.
Ensuite, retour à la salle polyvalente pour une conférence. Colette Dubois, professeur émérite d’Aix- Marseille – Université a traité, devant un auditoire Particulièrement intéressé, un sujet peu abordé jusqu’alors « les Africains mobilisés, Combattre pour la France en guerre 1914/1918 »
Monument_3Ces Africains issus de l’A.O.F, L’A.E.F et des protectorats français, généralement appelés «Tirailleurs Sénégalais », ont pallié aux pertes militaires du début de la guerre et à la dénatalité. Malgré diverses réticences, 600 000 hommes seront ainsi recrutés sur un total de 8 à 9 Millions de soldats mobilisés pendant cette guerre. L’année 1915 vit la première vague de «recrutement forcé» car combattre pour la mère Patrie ne signifiait rien pour eux. En 1917 l’enrôlement est plus volontaire en raison de la possibilité d’acquérir la nationalité française sous conditions militaires et linguistiques. Les Africains débarquèrent dans les ports de Marseille et de Bordeaux. Formés au maniement des armes et initiés à la langue Française, ils sont envoyés soit en Orient, soit dans les tranchées voire dans les campagnes et les usines pour compenser le départ des hommes partis au front. En Afrique équatoriale dans le milieu naturel hostile de la jungle, quelques recrues vont aussi combattre au Cameroun afin d’occuper cette colonie allemande. Dans l’ensemble, la plupart d’entre eux sont retrouvés sur le front occidental et ont découvert un autre monde. Quelques combattants obtiendront des décorations et des grades, mais aucun ne parviendra au rang d’officier. Les lendemains de guerre présentent un bilan mitigé. Les Africains sont honorés dans les défilés ou les représentations patriotiques. Deux monuments aux morts de « l’armée noire » seront érigés, l’un au Mali, l’autre à Reims. Ces Africains ont découvert la réalité de la France pays des libertés et de l’égalité plus réelle en métropole que chez eux Cet enrôlement des «tirailleurs sénégalais» prendra progressivement sa place dans la mémoire collective en Afrique et en Europe.
Un apéritif dînatoire conclut cette très riche journée.
WP_20181109_09_44_38_ProQuant au dimanche 11 novembre, ce fut l’apothéose. Au monument aux morts à 11h pile le clairon sonnait bien fort le «Cessez le feu» Suivi par la chorale «Bel Canto» ,le discours de Mr le Maire puis l’intervention des enfants , tous interprétèrent en cœur La Marseillaise – La foule des Peyrolais se retrouvait autour d’un chaleureux apéritif suivi du repas. Cent cinquante convives dégustèrent un revigorant aligot tandis que les agapes étaient ponctuées de chants par la chorale Bel Canto où « La Madelon» fut reprise par tous. Le trio composé de Cathy Barnouin, de Caroline Burgdorf et Danièle Arnaud interpréta des saynètes inspirées des « Tricoteuses » qu’un enseignant bien connu des Peyrolais- M Thomas- avait ressorti pour l’occasion de ses archives.
Ainsi se termina en bons gaulois que nous sommes, l’hommage à nos vaillants combattants qui croyaient que c’était «la der des der». Leur sacrifice n’a pas été vain mais il a fallu beaucoup de temps pour surmonter les douloureuses peines, du courage pour que la vie continue et que soient glorifiés nos vaillants soldats.
L’implication des écoliers qui ont participé à ce travail de mémoire est remarquable. Il peut faire espérer à un avenir plus radieux le jour où à leur tour ils seront aux commandes de la vie citoyenne.
L’engagement de M. le Maire et son conseil municipal, celui de l’association «Culture et Patrimoine en Peyrolais» ont permis pendant quatre ans de vivre ces événements qui ont bousculé notre société. Un moment fort dans la vie de notre village qui restera dans notre souvenir et dans la mémoire collective. Merci et félicitations aux acteurs et organisateurs pour ce travail immense où chacun a donné le meilleur de lui-même.